Madagascar va percevoir 50 millions de dollars grâce à la vente de 10 millions de tonnes de crédits carbone
Antananarivo – Face à l’accélération du changement climatique, provoqué en grande partie par les émissions de gaz à effet de serre issues des activités humaines, les forêts jouent un rôle essentiel. Elles absorbent le dioxyde de carbone (CO₂), principal gaz responsable du réchauffement climatique, limitant ainsi son accumulation dans l’atmosphère. Cette capacité de stockage, appelée séquestration du carbone, est aujourd’hui valorisée à travers le marché international des crédits carbone.
C’est dans ce contexte que Madagascar, dont les forêts continuent d’absorber davantage de carbone qu’elles n’en émettent, a conclu un contrat de vente de 10 millions de tonnes équivalent carbone dans le cadre du programme REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts). La transaction est fixée à 5 dollars américains la tonne, soit un montant total de 50 millions de dollars américains.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et du Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF). L’accord est signé par le ministère de l’Environnement et du Développement durable, le ministère de l’Économie et des Finances ainsi que le ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, avec le FCPF, représenté par la Banque mondiale.
Le paiement des 50 millions de dollars est réparti en trois tranches. La première a été versée en décembre 2023, la deuxième a été débloquée ce mois-ci, tandis que la troisième tranche est encore en attente.
Les responsables du programme REDD+ soulignent que Madagascar demeure un puits de carbone, c’est-à-dire que ses forêts captent plus de dioxyde de carbone qu’elles n’en rejettent. Cette performance permet au pays de générer des crédits carbone pouvant être vendus sur le marché international, en contrepartie des efforts consentis pour préserver les forêts et réduire les émissions liées à la déforestation.
Les revenus issus de cette vente sont strictement encadrés. Ils doivent être consacrés à la protection, à la restauration et à la gestion durable des forêts, ainsi qu’à l’amélioration des conditions de vie des communautés riveraines. Une partie des fonds est également destinée aux communes concernées et au budget de l’État, selon un plan de partage des bénéfices.
Le programme couvre près de 2 millions d’hectares de forêts répartis dans les régions Sofia, SAVA, Ambatosoa, Analanjirofo, Atsinanana et Alaotra-Mangoro. À ce jour, 14 aires protégées et 119 communes ont déjà bénéficié des premiers décaissements.
Afin de garantir la fiabilité du mécanisme, trois campagnes de mesure seront réalisées pour vérifier que les forêts malgaches continuent de stocker les quantités de carbone annoncées. Un mécanisme de gestion des plaintes est également prévu aux niveaux local, régional et national. Les activités font l’objet d’un suivi par les Directions régionales de l’Environnement et du Développement durable (DREDD) et d’audits financiers réguliers.
À travers cette vente de crédits carbone, Madagascar entend démontrer que la préservation des forêts peut constituer à la fois un outil de lutte contre le changement climatique et une source de financement pour le développement des territoires et des communautés qui vivent de ces écosystèmes.
