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Ratification protocole de Maputo : la société civile interpelle l’Etat Malagasy

Antananarivo, 10 juillet – À la veille de la célébration du 23e anniversaire du Protocole de Maputo, le Conseil National des Femmes de Madagascar (CNFM), la Coalition SDSR du Forum Génération Égalité, l’African Women Leaders Network Madagascar (AWLN Madagascar) et Women Lead Movement Madagascar ont lancé un appel solennel au Gouvernement malgache pour qu’il ratifie enfin ce traité africain consacré aux droits des femmes.

Vingt-trois ans après son adoption par l’Union africaine, Madagascar demeure l’un des rares pays du continent à ne pas avoir franchi cette étape. Sur 55 États africains, 46 ont déjà ratifié le Protocole de Maputo. Seuls sept pays, dont Madagascar, ne l’ont toujours pas ratifié, tandis que l’Égypte et le Maroc ne l’ont ni signé ni ratifié.

Pour les organisations de la société civile, cette situation prive les femmes malgaches d’un cadre juridique renforcé garantissant leurs droits fondamentaux. Elles rappellent que le Protocole de Maputo protège 32 droits essentiels, notamment le droit à l’éducation, à la santé, à l’héritage, à la justice, à la participation politique, ainsi que la lutte contre les mariages précoces avant l’âge de 18 ans et toutes les formes de violences faites aux femmes.

Les intervenants ont insisté sur le fait que la ratification ne constitue pas une revendication portée uniquement par les femmes, mais un véritable enjeu national. Selon eux, il ne peut y avoir de développement durable tant que les inégalités entre les femmes et les hommes persistent et que les violences continuent de toucher des milliers de Malgaches.

Les organisations ont également mis en avant des indicateurs particulièrement préoccupants qui illustrent l’urgence d’agir. Madagascar enregistre encore 445 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, l’un des taux les plus élevés de la région. Douze pour cent des décès maternels sont liés aux avortements pratiqués dans des conditions non sécurisées. Par ailleurs, seulement 39 % des accouchements ont lieu dans un établissement de santé, moins de 46 % sont assistés par un personnel de santé qualifié et à peine 25 % des femmes utilisent une méthode moderne de planification familiale. Pour les organisations, ces chiffres démontrent que les femmes restent confrontées à d’importantes difficultés d’accès aux soins, particulièrement en matière de santé maternelle et reproductive.

Selon Bodo Ramangason, présidente de l’AWLN Madagascar, la ratification permettrait à Madagascar de mieux appliquer les engagements internationaux déjà souscrits, de renforcer la protection juridique des femmes et de consolider la confiance des partenaires africains et internationaux. Elle ouvrirait également davantage de possibilités d’appuis techniques et financiers destinés à promouvoir les droits des femmes et l’égalité entre les sexes.

Les organisations rappellent également que l’article 137 de la Constitution malgache prévoit qu’un traité international régulièrement ratifié et publié possède une autorité supérieure à celle des lois nationales. La ratification du Protocole offrirait ainsi une base juridique plus solide pour adapter progressivement la législation nationale aux engagements internationaux du pays.

Si le processus reste bloqué, c’est en raison de plusieurs obstacles. L’un des principaux concerne l’article 14 du Protocole, souvent sujet à controverse, car il prévoit la possibilité d’interrompre une grossesse dans des situations exceptionnelles, notamment lorsque la vie ou la santé de la mère est gravement menacée ou en cas de viol. À cela s’ajoutent des résistances d’ordre politique et socioculturel, notamment autour du partage du pouvoir entre les femmes et les hommes, des règles traditionnelles de succession, du statut de chef de famille ou encore des représentations sociales qui continuent de limiter l’accès des femmes à certains droits.

Les responsables associatifs estiment également que la méconnaissance du contenu réel du Protocole alimente de nombreuses idées reçues. Ils soulignent que beaucoup de femmes ignorent encore leurs droits et appellent les autorités à mener de vastes campagnes d’information afin de mieux faire connaître les dispositions du texte.

À l’occasion du 23e anniversaire du Protocole de Maputo, les organisations signataires demandent au Gouvernement malgache de transformer sans plus attendre la signature en ratification, de diffuser largement le contenu du Protocole auprès de la population et d’intégrer progressivement ses dispositions dans la législation nationale. Pour elles, cette ratification constituerait un signal fort en faveur de l’égalité, de la justice sociale et du respect des droits fondamentaux, tout en renforçant la crédibilité de Madagascar au sein de l’Union africaine et auprès de ses partenaires internationaux.

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