Environnement

Aires protégées : des effets réels sur les forêts, mais des résultats inégaux

Le projet BETSAKA livre ses premiers constats sur la déforestation, les feux et les conditions de vie des populations riveraines

Les aires protégées remplissent-elles réellement leur mission de protection des forêts sans pénaliser les populations qui vivent à proximité ? C’est à cette question que tente de répondre le projet de recherche BETSAKA. Les premiers résultats, présentés mardi à Antananarivo, montrent que les effets existent, mais qu’ils restent très contrastés selon les territoires.

Mené par l’IRD, l’Université d’Antananarivo et le CERED au sein du laboratoire international UMI SOURCE, le projet analyse les impacts environnementaux et socio-économiques des aires protégées créées entre 2000 et 2024. Les chercheurs ont mobilisé des données satellitaires, des enquêtes auprès des ménages, des analyses institutionnelles et des observations de terrain afin de mesurer les effets réels de ces espaces de conservation.

Les premières analyses montrent que plusieurs aires protégées créées depuis 2003 ont permis de freiner la déforestation à l’intérieur de leurs limites. Cependant, cet effet positif s’accompagne souvent d’un déplacement du phénomène. Dans la majorité des cas, la déforestation augmente dans les zones situées jusqu’à 20 kilomètres autour des aires protégées. D’autres sites ne présentent, en revanche, aucun effet mesurable sur la réduction de la déforestation. Les chercheurs poursuivent leurs analyses afin de comprendre les facteurs qui expliquent ces différences.

Le constat est similaire concernant les feux de végétation. Les données couvrant la période 2000-2024 montrent une baisse moyenne de 15 à 17 % des départs de feu à l’intérieur des aires protégées. Toutefois, les résultats varient fortement d’un site à l’autre. Certaines zones enregistrent une diminution importante plusieurs années après leur création, tandis que d’autres ne présentent aucun changement notable, voire connaissent une augmentation des feux.

Pour la professeure Holy Malala Randriamanampisoa, enseignante-chercheuse engagée dans le projet, BETSAKA rassemble des chercheurs malgaches et étrangers autour d’un même objectif : comprendre les effets des aires protégées sur la conservation des forêts et sur la vie quotidienne des populations. Les recherches portent autant sur la protection de la biodiversité que sur les réalités socio-économiques des communautés riveraines.

L’étude apporte également un éclairage sur une question souvent débattue : les aires protégées aggravent-elles la pauvreté ? Les analyses réalisées à partir des enquêtes nationales de l’INSTAT depuis 1997 ne mettent pas en évidence d’effet général, ni positif ni négatif, sur les conditions de vie des populations vivant à proximité des aires protégées créées depuis 2008.

Le cas de Marovoay illustre toutefois la complexité de cette relation. Entre 1999 et 2025, les revenus réels moyens par habitant ont chuté d’environ 50 % dans cette région concernée par l’extension du parc national d’Ankarafantsika. Les chercheurs estiment néanmoins que cette dégradation économique n’est pas liée à l’extension du parc. Elle touche aussi les villages situés de l’autre côté de la Betsiboka, moins concernés par les mesures de conservation. Selon leurs analyses, c’est plutôt l’appauvrissement de la population qui accentue la pression sur les ressources naturelles et complique la protection du parc.

Pour Ramanantsoa Seheno, chef du service de la gouvernance des aires protégées au ministère de l’Environnement et du Développement durable, cette collaboration avec les chercheurs a déjà permis de produire des données scientifiques utiles à la décision publique. Les informations recueillies retracent l’évolution des aires protégées depuis les années 2000, leurs effets sur l’environnement ainsi que sur les populations locales. Elles servent également de base à la réflexion sur des solutions conciliant conservation et développement, notamment à travers la promotion d’alternatives au charbon de bois.

Le chercheur en économie Razanakoto Thierry souligne, de son côté, que ces travaux démontrent l’importance de la recherche scientifique pour orienter les politiques publiques. Selon lui, des données fiables sont indispensables pour prendre des décisions adaptées aux réalités du terrain.

Les responsables du projet insistent enfin sur un point essentiel : il n’existe pas de modèle unique. L’efficacité des aires protégées dépend du contexte local, des moyens disponibles et des modes de gestion. Les prochaines phases de BETSAKA chercheront à identifier les conditions qui permettent de réduire durablement la déforestation et les feux tout en préservant les moyens de subsistance des populations riveraines.

 

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