Télécomunication

Inclusion numérique en Afrique : la fiscalité, principal frein à l’accès mobile

Alors que les réseaux mobiles couvrent désormais la quasi-totalité de la population africaine, l’accès réel au numérique reste largement inégal. Réuni mardi 5 mai à Kinshasa lors de la première édition des États généraux du secteur des postes et télécommunications en République démocratique du Congo, le président du groupe de travail sur les politiques de la GSMA Afrique, Daddy Mukadi, a mis en cause un obstacle central : le coût d’entrée dans l’économie numérique.

Selon les chiffres présentés lors de cette rencontre, 95 % de la population africaine est aujourd’hui couverte par les réseaux mobiles. Pourtant, près de trois Africains sur quatre restent encore hors ligne. Un paradoxe qui, selon les acteurs du secteur, s’explique moins par l’absence d’infrastructures que par le prix des smartphones et le poids de la fiscalité appliquée aux équipements.

S’exprimant devant les autorités congolaises et des représentants de l’industrie, Daddy Mukadi a plaidé pour une relecture du statut des télécommunications dans les politiques publiques africaines. Pour lui, ce secteur ne peut plus être considéré comme un simple service d’appui, mais comme une infrastructure stratégique au même titre que les transports, la finance ou la santé.

Deux mesures fiscales ont été avancées pour réduire la fracture numérique. La première consiste à suspendre pendant deux à trois ans les droits d’importation et taxes appliqués aux smartphones d’entrée de gamme, dont les prix varient entre 40 et 150 dollars. L’objectif est de rendre les appareils plus accessibles à une population encore largement exclue des services numériques.

La seconde vise les équipements télécoms. Le responsable de la réglementation d’Airtel Africa appelle à la suppression, pendant au moins trois ans, des droits d’entrée sur les matériels nécessaires au déploiement des réseaux. Une mesure présentée comme indispensable pour accélérer l’extension de la couverture, notamment dans les zones encore peu desservies.

Ces propositions interviennent dans un contexte où le numérique prend une place croissante dans les économies africaines. D’après le rapport Mobile Economy Africa 2025 de la GSMA, le secteur mobile a généré 220 milliards de dollars en Afrique en 2024, soit 7,7 % du produit intérieur brut continental. Cette contribution pourrait atteindre 270 milliards de dollars d’ici 2030.

Au-delà des chiffres, le débat posé à Kinshasa révèle un enjeu de fond : l’Afrique est désormais confrontée moins à un déficit de réseau qu’à un déficit d’accessibilité. Pour de nombreux observateurs, la question de l’inclusion numérique ne dépendra donc pas uniquement des investissements privés, mais aussi des choix fiscaux et réglementaires des États.

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