
Unicef: la parentalité au travail, un levier social et économique sous-exploité
À Madagascar, où près de 50 % de la population est composée d’enfants, les premières années de vie constituent un enjeu majeur de développement humain et économique. C’est dans ce contexte que l’UNICEF, en collaboration avec le Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Fonction Publique, le Ministère de l’Industrialisation et du Commerce et le Groupement des Entreprises de Madagascar, a lancé à Antananarivo un guide destiné à promouvoir des lieux de travail favorables à la vie de famille.
Cet outil vise à accompagner les entreprises et les institutions publiques dans la mise en place de politiques essentielles telles que le congé parental rémunéré, les modalités de travail flexibles, le soutien à la garde d’enfants et à l’allaitement maternel. Le guide a été conçu pour s’adapter à plusieurs réalités professionnelles, notamment les bureaux, les usines, les exploitations agricoles et les services.
Les chiffres rappellent l’urgence d’agir. À Madagascar, 12 % de la population est constituée d’enfants âgés de 0 à 23 mois, une période décisive pour le développement cérébral. Une nutrition adéquate, un environnement affectueux et des soins attentifs durant ces premières années influencent durablement les capacités cognitives et le bien-être futur de l’enfant. Pour l’UNICEF, soutenir les parents sur leur lieu de travail est donc un levier direct pour offrir aux enfants un meilleur départ dans la vie.

La question de l’égalité femmes-hommes est également centrale. Les politiques favorables à la famille augmentent significativement les chances pour les femmes de reprendre leur activité professionnelle après un congé de maternité et de s’y maintenir. Pourtant, la réalité reste contrastée : moins de 10 % des entreprises malagasy, en dehors du secteur textile, disposent d’espaces adaptés à l’allaitement, limitant l’exercice effectif des droits des mères travailleuses.
Au-delà de l’impact social, l’initiative met en avant des bénéfices économiques tangibles. Dans un contexte mondial où les investisseurs exigent des engagements sociaux mesurables, les entreprises qui protègent la maternité, soutiennent la petite enfance et favorisent l’inclusion des femmes améliorent leur attractivité, réduisent leurs coûts de recrutement et renforcent la fidélisation des talents.
L’UNICEF appelle ainsi les ministères et les entreprises à adopter des mesures clés, notamment la non-discrimination liée à la maternité, l’octroi d’un congé de maternité rémunéré d’au moins six mois pour favoriser l’allaitement exclusif, la mise en place de pauses et d’espaces dédiés à l’allaitement, l’accès à des crèches abordables et la flexibilité des horaires de travail.
Pour Christine Jaulmes, Représentante de l’UNICEF à Madagascar, l’enjeu est clair : les parents ne devraient pas être contraints de choisir entre leur sécurité économique et le bien-être de leurs enfants. De son côté, le Ministère du Travail, à travers ses inspections et dans le cadre du Code du travail adopté en août 2024, s’engage à veiller à l’application effective des dispositions relatives à la protection de la maternité.
La mise en œuvre du guide est prévue sur la période 2025-2027, avec un accompagnement des entreprises, la formation des agents de l’inspection du travail et une évaluation régulière des progrès réalisés. Une démarche qui ambitionne de faire du monde du travail malagasy un acteur à part entière du développement de la petite enfance, de l’égalité des genres et de la croissance économique durable.


