
À Madagascar, où plus de 90 % des ménages dépendent encore du bois de feu et du charbon pour cuisiner, la cuisson électrique reste une pratique quasi inexistante. Avec seulement 0,1 % des ménages concernés, l’e-cooking apparaît pourtant comme une solution stratégique face aux défis environnementaux, sanitaires et énergétiques du pays. C’est dans ce contexte qu’un atelier de consultation des acteurs de la cuisson électrique s’est tenu ce 05 février à Antananarivo, sous le leadership du Ministère de l’Énergie et des Hydrocarbures, à l’initiative de l’ONG AIDES en collaboration avec le programme Modern Energy Cooking Services.
La question de l’énergie de cuisson est aujourd’hui l’un des angles morts de la transition énergétique malgache. La biomasse traditionnelle domine largement, représentant plus de 70 % des usages en milieu rural et près de 30 % au niveau national pour le charbon de bois, principalement en zones urbaines et péri-urbaines. Cette dépendance a un coût élevé pour le pays. Depuis l’an 2000, près de 30 % de la couverture forestière a disparu, alimentée en grande partie par la demande en bois énergie. À cela s’ajoutent des impacts sanitaires majeurs liés à la pollution de l’air intérieur, qui affecte particulièrement les femmes et les enfants exposés quotidiennement aux fumées toxiques.
Face à cette situation, le gouvernement a inscrit la cuisson propre au cœur de ses priorités à travers le Pacte Énergétique National, aligné sur l’Objectif de Développement Durable 7. Dans le cadre de l’initiative Mission 300, Madagascar ambitionne de porter l’accès à l’électricité à 80 % de la population et de permettre à 50 % des ménages d’adopter des solutions de cuisson propre d’ici 2030. Si plusieurs alternatives existent déjà, comme le GPL, le biogaz, l’éthanol ou les combustibles écologiques, la cuisson électrique reste largement sous-exploitée.
Pourtant, le pays dispose d’un potentiel important en énergies renouvelables, notamment solaire et hydraulique, qui constitue un socle favorable au développement de l’e-cooking. Madagascar compte actuellement 147 mini-réseaux en service, couvrant environ 400 localités pour une capacité installée de 17,7 mégawatts, majoritairement issue de sources renouvelables. De nouveaux projets sont également en cours ou en préparation. L’intégration de la cuisson électrique dans ces mini-réseaux pourrait transformer l’équation énergétique, en augmentant la demande productive d’électricité et en améliorant la viabilité financière des opérateurs.
Pour les ménages, la cuisson électrique représente un gain de temps et une réduction de la pénibilité des tâches domestiques, souvent assumées par les femmes, tout en diminuant la dépendance aux combustibles polluants. Pour le pays, elle constitue un levier de réduction de la déforestation, d’amélioration de la santé publique et de soutien au développement socio-économique local. Mais son déploiement à grande échelle pose encore des questions techniques, économiques et institutionnelles.
C’est précisément pour répondre à ces enjeux que l’atelier de consultation des acteurs a été organisé. Il s’inscrit dans une étude nationale visant à identifier les opportunités concrètes de développement de la cuisson électrique à Madagascar et à poser les bases techniques et stratégiques d’une politique publique dédiée. Les échanges entre institutions publiques, opérateurs de mini-réseaux, partenaires techniques et financiers, et acteurs de la cuisson propre visent à aligner les visions existantes et à définir une démarche commune pour intégrer durablement l’e-cooking dans les mini-réseaux existants et futurs.
À l’heure où la cuisson électrique reste marginale mais prometteuse, cet atelier marque une étape clé vers l’élaboration d’une feuille de route nationale. Une transition qui, si elle est menée de manière inclusive et coordonnée, pourrait faire de l’e-cooking non plus une exception statistique, mais un pilier de l’énergie propre à Madagascar.


