
Éléphantiasis, trachome, dracunculose : ces maladies oubliées qui continuent de mutiler l’Afrique
Cotonou, 29 janvier 2026 — Elles déforment les corps, aveuglent, isolent socialement et plongent des familles entières dans la pauvreté, sans pourtant faire la une des journaux. Les maladies tropicales négligées (MTN) restent l’un des angles morts majeurs des politiques de santé publique en Afrique. C’est pour briser ce silence que s’est ouvert, ce 29 janvier à Cotonou, le 4ᵉ Forum des médias sur les MTN, réunissant près de 70 journalistes africains venus d’une quarantaine de pays.
Éléphantiasis, trachome, dracunculose, filariose lymphatique ou encore trypanosomiase humaine africaine : derrière ces noms scientifiques se cachent des réalités humaines brutales. L’éléphantiasis, par exemple, provoque des gonflements irréversibles des membres, entraînant stigmatisation et perte de moyens de subsistance. Le trachome demeure la principale cause infectieuse de cécité évitable dans le monde, touchant surtout les zones rurales pauvres. La dracunculose, longtemps surnommée « la maladie du ver de Guinée », a handicapé des générations avant de reculer grâce à des efforts soutenus.
Placée sous le thème « De la négligence à la mise en lumière : faire avancer l’agenda africain pour l’élimination des MTN », cette quatrième édition du forum entend repositionner ces maladies au cœur du débat public. Pour Youssouf Bamba, président du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN), l’invisibilité médiatique des MTN contribue directement à leur persistance. « Tant que ces maladies resteront absentes des récits médiatiques, elles resteront marginalisées dans les priorités politiques », a-t-il averti.
Si les MTN frappent principalement les communautés les plus vulnérables — là où l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux soins de base est limité — elles ne sont pas pour autant une fatalité. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que des progrès tangibles sont possibles. « Plus de 22 pays africains ont déjà éliminé au moins une MTN », a indiqué le Dr Jean Kouamé Konan, représentant résident de l’OMS au Bénin. Le pays hôte illustre ces avancées, avec l’éradication de la dracunculose dès 2009, l’élimination de la trypanosomiase humaine africaine en 2021 et du trachome en 2023, tout en poursuivant ses efforts contre la filariose lymphatique.
Mais ces succès restent fragiles. La baisse des financements internationaux, dans un contexte mondial marqué par des crises multiples, inquiète les autorités sanitaires. Représentant le ministère béninois de la Santé, Fançoise Sybille Assavedo, directrice adjointe de cabinet, a plaidé pour un renforcement des financements nationaux et une implication accrue du secteur privé africain. « Les MTN sont des maladies de la pauvreté, mais leur élimination est un levier puissant de développement », a-t-elle souligné.
Partenaire stratégique du forum, l’organisation Speak Up Africa a insisté sur la nécessité de mieux raconter ces maladies. « Les MTN ne sont pas seulement négligées politiquement, elles sont aussi mal comprises par les populations », a rappelé Yaye Sophiétou Diop, directrice des partenariats, appelant à des messages plus simples, ancrés dans les réalités locales.
Au-delà des chiffres, le forum appelle les journalistes à redonner un visage humain aux MTN : raconter la vie d’une femme rendue aveugle par le trachome, d’un agriculteur marginalisé par l’éléphantiasis, ou d’un enfant déscolarisé à cause d’une infection évitable. À la veille de la Journée mondiale de lutte contre les MTN, célébrée le 30 janvier, les médias africains sont invités à transformer ces maladies « négligées » en sujets d’intérêt public majeur, afin qu’elles cessent, enfin, de mutiler l’Afrique dans l’indifférence.



