Société

Rapport PNUD: 63 % des sinistrés des cyclones vivaient déjà dans la précarité

Antananarivo, 25 février 2026 – Les cyclones successifs qui ont frappé Madagascar début février n’ont pas seulement détruit des maisons et des cultures. Ils ont frappé là où la vulnérabilité était déjà la plus forte. Selon une nouvelle analyse satellitaire du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), 63 % des 350 000 personnes exposées aux inondations vivaient déjà sans accès fiable aux services essentiels avant la catastrophe.

Un chiffre qui change la lecture de la crise : au-delà d’un aléa climatique, c’est un choc qui s’abat sur des communautés déjà fragilisées, risquant d’enclencher un cycle d’appauvrissement durable.

Deux cyclones, un même constat : la pauvreté en première ligne

Le cyclone Fytia a touché la côte ouest entre le 31 janvier et le 1er février, avant que le cyclone tropical intense Gezani ne frappe près de Toamasina le 10 février. Les images satellites analysées par le PNUD montrent l’ampleur des inondations et, surtout, leur superposition avec les zones de pauvreté préexistante.

« Pour les familles qui vivaient déjà au jour le jour, ces inondations constituent un point de rupture », a déclaré le Dr Edward A. Christow, représentant résident du PNUD à Madagascar.

L’analyse géospatiale croise données d’inondation et indicateurs socio-économiques, permettant d’identifier les communes où la destruction matérielle se combine à une extrême vulnérabilité sociale.

174 100 hectares inondés : l’agriculture en péril

Autre chiffre alarmant : jusqu’à 174 100 hectares de terres cultivées ont été submergés. Dans plusieurs communes de l’Est, plus de 80 % des surfaces agricoles ont été touchées.

Dans un pays où près de huit ménages sur dix dépendent totalement ou partiellement de l’agriculture pour se nourrir et générer des revenus, l’impact dépasse la simple perte de récoltes. Il menace la sécurité alimentaire nationale.

À Antetezambaro, Mme Lala, mère de six enfants, redoute déjà les mois à venir : « Les cultures sont endommagées et les rendements seront faibles. Nous avons vraiment peur de la famine cette année. »

Une reprise fragile, des moyens de subsistance brisés

Au-delà des champs, les petits commerces souffrent. Volamanana Clarisse, vendeuse de lait, ne peut plus conserver ses produits faute d’électricité. Ses ventes quotidiennes sont passées de 150 litres à 20 litres. Un effondrement de revenus qui illustre l’effet domino des catastrophes : destruction d’infrastructures, perte d’activité, endettement, insécurité alimentaire.

Sans réhabilitation rapide des systèmes d’irrigation, des routes et du réseau électrique, le risque est clair : prolongation des déplacements, aggravation de la pauvreté et dépendance accrue à l’aide humanitaire.

Quand la donnée satellitaire redessine les priorités

L’apport majeur de cette analyse réside dans son approche ciblée. En combinant imagerie satellite et données sociales, le PNUD entend orienter la réponse vers les zones où l’impact est le plus lourd et les capacités d’absorption les plus faibles.

L’enjeu dépasse l’urgence. Il s’agit d’éviter que ces 63 % de ménages déjà précaires ne basculent dans une pauvreté encore plus profonde.

À Madagascar, les cyclones ne sont plus seulement des catastrophes naturelles. Ils révèlent et amplifient les inégalités structurelles. Et les chiffres, cette fois, parlent d’eux-mêmes.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité